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CETA : eurodéputés, soyez raisonnables !

Le Parlement européen votera le 15 février la ratification du CETA. Depuis le début des négociations qui se sont déroulées dans la plus grande obscurité, Jeunes Agriculteurs s’oppose à cet accord commercial entre l’Europe et le Canada. L’étude de l’Institut de l’Elevage (IDELE), l’Institut du porc (IFIP) et AgroParisTech sortie en décembre dernier, conforte nos positions.

Comment accepter d’ouvrir les marchés agricoles quand nous connaissons la sensibilité des producteurs français aux fluctuations de marché et la conjoncture économique du secteur de l’élevage ? Comment vouloir mettre en concurrence producteurs européens et canadiens sur un même marché quand nous savons que les réglementations de production ne sont pas les mêmes ? Pourquoi vouloir plus de libéralisation alors que l’Europe n’a pas les outils pour sécuriser les revenus de ses agriculteurs en cas de crise ? Pourquoi vouloir ouvrir le marché alors que nous sommes à l’autosuffisance pour les filières porcines et bovines ?

«S’il était ratifié en l’état, cet accord conduirait une nouvelle fois à la disparition de nombreux éleveurs européens » explique Jérémy Decerle, président Jeunes Agriculteurs.

Les conséquences soulevées par les chercheurs de l’étude d’impact de l’IDELE, l’Ifip et AgroParisTech sont graves. Cet accord entraînerait 70 000 tonnes d’importation de viande bovine haut de gamme (aloyau, etc.) à droits nuls, déstabilisant la production européenne qui s’élève à 400 000 tonnes sur ce type de produit. Les filières de viande bovine et porcine canadiennes et européennes présentent un différentiel de compétitivité : le maillon de l’engraissement canadien est plus compétitif grâce aux parcs d’engraissement et à la concentration de quatre grands abattoirs, quant à la règlementation canadienne, elle autorise les protéines animales dans l’alimentation du bétail et le bien-être animal fait l’objet de moins de contraintes.

Si le parlement européen adoptait ce texte, il entrerait en application à titre expérimental dès le 1er mars, alors même que les parlements nationaux ne se seraient pas encore prononcés.

Etiquetage de l’origine : feu vert de l’Europe, la balle est dans le camp du Ministre français

Communiqué JA, FNSEA, et Coop de France, le 15 mars 2016

Ce n’est qu’une étape, mais une étape importante. La France a obtenu de la Commission européenne un accord de principe pour expérimenter l’obligation de l’étiquetage de l’origine des viandes et du lait dans les produits transformés.

La FNSEA et ses associations spécialisées, Jeunes Agriculteurs et Coop de France avaient lancé, avec l’UFC-Que Choisir, une pétition, soutenue également par Familles Rurales, pour demander la mise en place d’une indication obligatoire de la provenance des produits transformés. Il s’agit d’une information loyale et citoyenne que nous devons au consommateur. Aujourd’hui, 54% des produits ne mentionnent pas l’origine de la viande qu’ils contiennent, selon l’étude récente de l’UFC-Que Choisir. Notre combat légitime et notre mobilisation finissent par payer.

Nous souhaitons désormais que l’expérimentation soit mise en place au plus vite par les pouvoirs publics français, afin de transformer l’essai et d’en démontrer les bénéfices. Il s’agit d’un match pour la transparence dans lequel les producteurs, les transformateurs et les consommateurs doivent jouer collectif.

14 mars 2016 : Et Phil Hogan, soudain, devint Commissaire européen à l’agriculture.

Communiqué de presse JA Nat, le 15 mars 2016

L’agriculture européenne est face à une crise « globale et profonde, qui dure [et pour laquelle] nous devons trouver des solutions pour sécuriser nos agriculteurs et donner confiance aux marchés […] Je suis déterminé à montrer aujourd’hui que la Commission jouera pleinement son rôle dans le soutien aux agriculteurs, en utilisant tous les outils disponibles ». Phil Hogan a enfin ouvert les yeux. Cet extrait du discours prononcé hier par le Commissaire européen à l’agriculture n’aurait pas été imaginable il y a quelques mois alors que la crise battait déjà son plein. Jeunes Agriculteurs salue les propositions du Commissaire pour juguler la crise, et appelle aujourd’hui à leurs mises en place immédiates.

Parmi les mesures annoncées, Jeunes Agriculteurs encourage vivement la mise en œuvre des dispositifs temporaires permettant, sur base d’accords volontaires, de réguler l’offre pour le secteur laitier, via les organisations de producteurs, les organisations interprofessionnelles ou les coopératives. Cette mesure, appuyée par Jeunes Agriculteurs, est une véritable reconnaissance de la crise et de la nécessité de mettre en place des outils de régulation temporaire pour y faire face. Cependant, le caractère volontaire de ces mesures ne doit pas inciter des entreprises ou des Etats membres à croire que d’autres « feront la régulation » pendant qu’eux-mêmes en tireront profit.

«Nous appelons les entreprises, coopératives ou non, les interprofessions, les organisations de producteurs, ainsi que les Etats membres à se mettre à la hauteur des enjeux de l’Union en mettant en œuvre de manière concertée ces dispositifs sur tout le territoire européen. Les organisations professionnelles européennes doivent aussi rapidement prendre leurs responsabilités » explique Thomas Diemer, président de Jeunes Agriculteurs.

Jeunes Agriculteurs se félicite du doublement des plafonds de stockage pour le lait en poudre et le beurre ainsi que de la mise en place d’un nouveau programme d’aide au stockage privé pour le secteur porcin.

L’autorisation temporaire donnée aux Etats membres leur permettant de distribuer jusqu’à 15 000 euros d’aide par an et par agriculteurs d’aides nationales (sans plafond national) est aussi une bonne nouvelle : même s’il s’agit souvent d’aides d’urgence, cela donne une marge de manœuvre supplémentaire aux Etats pour soutenir les agriculteurs en difficulté.

Sur le secteur des viandes en particulier, nous saluons la mise en place d’un observatoire européen des marchés de la viande (bovine et porcine) une concrétisation d’une proposition que nous portons depuis longtemps. Enfin,  le feu vert donné par la Commission à la France pour expérimenter l’étiquetage d’origine des viandes dans les produits transformés est aussi à souligner.

Beaucoup de chemin reste à parcourir, mais le 14 mars, nous avons enfin retrouvé un commissaire à l’agriculture, et cette fois-ci nous veillerons à ce qu’il ne nous perde pas de vue.